ethica

Spinozas ethics and various translations, edited for easy post processing.
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5p41sc.md (1637B)


 1 Nous nous écartons ici, à ce qu'il semble, de la croyance vulgaire. Car la
 2 plupart des hommes pensent qu'ils ne sont libres qu'autant qu'il leur est permis
 3 d'obéir à leurs passions, et qu'ils cèdent sur leur droit tout ce qu'ils
 4 accordent aux commandements de la loi divine. La piété, la religion et toutes
 5 les vertus qui se rapportent à la force d'âme sont donc à leurs yeux des
 6 fardeaux dont ils espèrent se débarrasser à la mort, en recevant le prix de leur
 7 esclavage, c'est-à-dire de leur soumission à la religion et à la piété. Et ce
 8 n'est pas cette seule espérance qui les conduit; la crainte des terribles
 9 supplices dont ils sont menacés dans l'autre monde est encore un motif puissant
10 qui les détermine à vivre, autant que leur faiblesse et leur âme impuissante le
11 comportent, selon les commandements de la loi divine. Si l'on ôtait aux hommes
12 cette espérance et cette crainte, s'ils se persuadaient que les âmes périssent
13 avec le corps et qu'il n'y a pas une seconde vie pour les malheureux qui ont
14 porté le poids accablant de la piété, il est certain qu'ils reviendraient à leur
15 naturel primitif, réglant leur vie selon leurs passions et préférant obéir à la
16 fortune qu'à eux-mêmes. Croyance absurde, à mon avis, autant que celle d'un
17 homme qui s'emplirait le corps de poisons et d'aliments mortels, par cette belle
18 raison qu'il n'espère pas jouir toute l'éternité d'une bonne nourriture, ou qui,
19 voyant que l'âme n'est pas éternelle ou immortelle, renoncerait à la raison et
20 désirerait devenir fou; toutes choses tellement énormes qu'elles méritent à
21 peine qu'on s'en occupe.
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