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1 La joie et la tristesse, et conséquemment toutes les affections qui en sont 2 composées ou qui en dérivent, sont des affections passives (par le Schol. de la 3 Propos. 11, partie 3). Or, nous éprouvons nécessairement ce genre d'affection 4 (par la Propos. 1, partie 3) en tant que nous avons des idées inadéquates; et 5 nous ne les éprouvons qu'en tant que nous avons de telles Idées (par la Propos. 6 3, partie 3); en d'autres termes (voyez le Schol. de la Propos. 40, partie 2), 7 notre âme ne pâtit qu'en tant qu'elle imagine, ou en tant qu'elle est affectée 8 (voyez la Propos. 17, partie 2, avec son Schol.) d'une passion qui enveloppe la 9 nature de notre corps et celle d'un corps extérieur. Ainsi donc la nature de 10 chacune de nos passions doit nécessairement être expliquée de telle façon 11 qu'elle exprime la nature de l'objet dont nous sommes affectés. Par exemple, la 12 joie qui provient de l'objet A doit exprimer la nature de ce même objet A; et la 13 joie qui provient de l'objet B, celle de ce même objet B; et conséquemment ces 14 deux sentiments de joie sont différents de leur nature, parce que les causes 15 dont ils proviennent ont une nature différente. De même, un sentiment de 16 tristesse qui provient d'un certain objet est différent, de sa nature, de la 17 tristesse qui provient d'une autre cause: il faut concevoir qu'il en est de même 18 pour l'amour, la haine, l'espérance, la crainte, la fluctuation, etc., d'où il 19 suit qu'il y a nécessairement autant d'espèces de joie, de tristesse, d'amour, 20 de haine, etc., qu'il y a d'espèces d'objets par lesquels nous sommes affectés. 21 Or, le désir étant l'essence ou la nature de chaque homme, en tant qu'il est 22 23 déterminé par telle constitution donnée à agir de telle façon (voir le Schol. de 24 la Propos. 9, partie 3), il s'ensuit que chaque homme, suivant qu'il est affecté 25 par les causes extérieures de telle ou telle espèce de joie, de tristesse, 26 d'amour, de haine, etc. c'est-à-dire suivant que sa nature est constituée de 27 telle ou telle façon, éprouve nécessairement tel ou tel désir; et il est 28 nécessaire aussi qu'il y ait entre la nature d'un désir et celle d'un autre 29 désir autant de différence qu'entre les affections où chacun de ces désirs prend 30 son origine. Donc, autant il y a d'espaces de joies, de tristesse, d'amour, 31 etc.; et conséquemment (par ce qui vient d'être prouvé) autant il y a d'espèces 32 d'objets qui nous affectent, et autant il y a d'espaces de désir. C. Q. F. D. 33 34