ethica

Spinozas ethics and various translations, edited for easy post processing.
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3p11sc.md (3047B)


 1 Nous voyons que l'âme peut souffrir un grand nombre de changements, et passer
 2 tour à tour d'une certaine Perfection à une perfection plus grande ou plus
 3 petite; et ce sont ces diverses passions qui nous expliquent ce que c'est que
 4 joie et que tristesse. J'entendrai donc par joie, dans toute la suite de ce
 5 traité, une passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande; par
 6 tristesse, au contraire, une passion par laquelle l'âme passe à une moindre
 7 perfection. En outre, l'affection de la joie, quand on la rapporte à la fois au
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 9 corps et à l'âme, je la nomme chatouillement ou hilarité; et l'affection de la
10 tristesse, douleur ou mélancolie. Mais il faut remarquer que le chatouillement
11 et la douleur se rapportent à l'homme en tant qu'une de ses parties est affectée
12 plus vivement que les autres; lorsque au contraire toutes les parties sont
13 également affectées, c'est l'hilarité et la mélancolie. Quant à la nature du
14 désir, je l'ai expliquée dans le Scholie de la Propos. 9, partie 3; et j'avertis
15 qu'après ces trois passions, la joie, la tristesse et le désir, je ne reconnais
16 aucune autre passion primitive; et je me réserve de prouver par la suite que
17 toutes les passions naissent de ces trois passions élémentaires. Mais, avant
18 d'aller plus loin, je dois expliquer ici avec plus de clarté la Propos. l0,
19 partie 3, afin qu'on comprenne plus aisément comment une idée est contraire à
20 une autre idée. Dans le Scholie de la Propos. 17, partie 2, on a montré que
21 l'idée qui constitue l'essence de l'âme enveloppe l'existence du corps, tant que
22 le corps existe. De plus, des principes établis dans le corollaire de la Propos.
23 8, partie 2, et dans le Scholie de cette Propos., il résulte que l'existence
24 présente de notre âme, dépend de ce seul point, savoir, que l'âme enveloppe
25 l'existence actuelle du corps. Enfin, nous avons également montré que cette
26 puissance de l'âme par laquelle elle imagine les choses et se les rappelle,
27 dépend encore de ce seul point (voyez les Propos. 17 et 18, partie 2, avec le
28 Scholie) que l'âme enveloppe l'existence actuelle du corps. Or, il suit de tout
29 cela que l'existence présente de l'âme et sa puissance d'imaginer sont détruites
30 aussitôt que l'âme cesse d'affirmer l'existence présente du corps. Or, la cause
31 qui fait que l'âme cesse d'affirmer l'existence présente du corps, ce ne peut
32 être l'âme elle-même (par la Propos. 4, partie 3), et ce ne peut être non plus
33 la cessation de l'existence du corps. Car (par la Propos. 6. partie 2) la cause
34 qui fait que l'âme affirme l'existence du corps, ce n'est pas que le corps
35 commence actuellement d'exister; et conséquemment, par la même raison, l'âme ne
36 cessera pas d'affirmer l'existence du corps, par cela seul que le corps cessera
37 d'exister actuellement; la véritable cause (par la Propos. 8, partie 2), c'est
38 une idée qui exclut l'existence de notre corps, et par suite de notre âme, idée
39 qui, en conséquence, est contraire à celle qui constitue l'essence de notre âme.
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