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1 Je ne doute pas que pour ceux qui jugent avec confusion de toutes choses et ne 2 sont pas accoutumés à les connaître par leurs premiers principes, il n'y ait de 3 la difficulté à comprendre la démonstration de la Propos. 7, par cette raison 4 surtout qu'ils ne distinguent pas entre les modifications des substances et les 5 substances elles-mêmes, et ne savent pas comment s'opère la production des 6 êtres. Et c'est pourquoi, voyant que les choses de la nature commencent 7 d'exister ils s'imaginent qu'il en est de même pour les substances. Quand on 8 ignore en effet les véritables causes des Etres, on confond tout; on fait parler 9 indifféremment des arbres et des hommes, sans la moindre difficulté; que ce 10 soient des pierres ou de la semence qui servent à engendrer des hommes, peu 11 importe, et l'on s'imagine qu'une forme quelle qu'elle soit se peut changer en 12 une autre forme quelconque. C'est encore ainsi que, confondant ensemble la 13 nature divine et la nature humaine, on attribue à Dieu les passions de 14 l'humanité, surtout quand on ne sait pas encore comment se forment dans l'âme 15 les passions. Si les hommes étaient attentifs à la nature de la substance, ils 16 ne douteraient en aucune façon de la vérité de la Propos. 7; bien plus, elle 17 serait pour tous un axiome, et on la compterait parmi les notions communes de la 18 raison. Par substance, en effet, on entendrait ce qui est en soi et est conçu 19 par soi, c'est-à-dire ce dont l'idée n'a besoin de l'idée d'aucune autre chose; 20 par modification, au contraire, ce qui est dans une autre chose, et dont le 21 concept se forme par le concept de cette chose. Et de là vient que nous pouvons 22 nous former des idées vraies de certaines modifications qui n'existent pas; car, 23 bien qu'elles n'aient pas d'existence actuelle hors de l'entendement, leur 24 essence est contenue dans une autre nature de telle façon qu'on les peut 25 concevoir par elle. Au lieu que la substance, étant conçue par soi, n'a, hors de 26 l'entendement, de vérité qu'en soi. Si donc quelqu'un venait nous dire qu'il a 27 une idée claire et distincte, et partant une idée vraie d'une certaine 28 substance, et toutefois qu'il doute de l'existence de cette substance, ce serait 29 en vérité (un peu d'attention rendra ceci évident) comme s'il disait qu'il a une 30 idée vraie, et toutefois qu'il ne sait si elle est vraie. Ou bien, si l'on 31 soutient qu'une substance est créée, on soutient par la même raison qu'une idée 32 fausse est devenue une idée vraie, ce qui est le comble de l'absurdité. Et par 33 conséquent il faut nécessairement avouer que l'existence d'une substance est, 34 comme son essence, une vérité éternelle. Nous pouvons tirer de là une preuve 35 nouvelle de l'impossibilité de deux substances de même nature, et c'est un point 36 qu'il est bon d'établir ici; mais, pour le faire avec ordre, il y a quatre 37 remarques à faire: 38 39 1° La vraie définition d'une chose quelconque n'enveloppe ni n'exprime rien de 40 plus que la nature de la chose définie. 41 42 2° Il suit de là qu'aucune définition n'enveloppe ni n'exprime un nombre 43 déterminé d'individus, puisqu'elle n'exprime rien de plus que la nature de la 44 chose définie. Par exemple, la définition du triangle n'exprime rien de plus que 45 la simple nature du triangle; elle n'exprime pas un certain nombre déterminé de 46 triangles. 47 48 3° L'existence d'un objet quelconque étant donnée, il y a toujours une certaine 49 cause déterminée par laquelle cet objet existe. 50 51 4° Ou bien cette cause, par laquelle un certain objet existe, doit être contenue 52 dans la nature même et la définition de l'objet existant (parce qu'alors 53 l'existence appartient à sa nature); ou bien elle doit être donnée hors de cet 54 objet. 55 56 Cela posé, il s'ensuit que, s'il existe dans la nature des choses un certain 57 nombre d'individus, il faut que l'on puisse assigner une cause de l'existence de 58 ces individus en tel nombre, ni plus ni moins. Par exemple, s'il existe Vingt 59 hommes dans la nature des choses (nous supposerons, pour plus de clarté, qu'ils 60 existent simultanément et non les uns avant les autres), il ne suffira pas, pour 61 rendre raison de l'existence de ces vingt hommes, de montrer en général la cause 62 de la nature humaine; mais il faudra montrer en outre la cause en vertu de 63 laquelle il existe vingt hommes, ni plus ni moins, puisqu'il n'y a rien (par la 64 remarque 2) qui n'ait une cause de son existence. Or, cette cause (par les 65 remarques 2 et 3) ne peut être contenue dans la nature humaine elle-même, la 66 vraie définition de l'homme n'enveloppant nullement le nombre vingt. Et en 67 conséquence (par la remarque 4), la cause qui fait exister ces vingt hommes, et 68 partant chacun d'entre eux, doit pour chacun être extérieure. D'où il faut 69 conclure absolument que tout ce dont la nature comporte un certain nombre 70 d'individus suppose nécessairement une cause extérieure, pour que ces individus 71 puissent exister. Or, puisque l'existence appartient à la nature de la substance 72 (comme on l'a montré précédemment dans ce Scholie), la définition de la 73 substance doit envelopper l'existence nécessaire, et par conséquent son 74 existence doit être inférée de sa seule définition. Mais d'un autre côté (en 75 vertu des remarques 2 et 3), il est impossible que, de cette même définition, 76 résulte l'existence de plusieurs substances. Il s'ensuit donc nécessairement que 77 deux substances de même nature ne peuvent exister; ce qu'on se proposait 78 d'établir. 79 80