1p21d.md (2864B)
1 Si vous niez qu'il en soit ainsi, concevez, autant que possible, dans un des 2 attributs de Dieu, quelque chose qui découle de la nature absolue de cet 3 attribut, et qui néanmoins soit finie et ne possède qu'une existence ou une 4 durée déterminée: par exemple, dans l'attribut de la pensée, l'idée de Dieu. La 5 pensée, puisqu'on la conçoit comme un attribut de Dieu, est nécessairement 6 infinie de sa nature (par la Propos. 11). Mais, en tant qu'elle contient l'idée 7 de Dieu, on la suppose finie. Or (par la Déf. 2), elle ne peut être finie si 8 elle n'est bornée par la pensée elle-même. Ce ne sera pas par la pensée en tant 9 qu'elle constitue l'idée de Dieu, puisque la pensée, ainsi considérée, est finie 10 suivant l'hypothèse. Ce sera donc par la pensée en tant qu'elle ne constitue pas 11 l'idée de Dieu; et toutefois, la pensée (par la Propos. 11) doit exister 12 nécessairement. On aura donc ainsi une pensée qui ne constitue pas l'idée de 13 Dieu, d'où il suit que l'idée de Dieu ne découle pas de sa nature, en tant 14 qu'elle est la pensée absolue (puisqu'on la conçoit également comme constituant 15 et ne constituant pas l'idée de Dieu), ce qui est contre l'hypothèse. Ainsi 16 donc, si l'idée de Dieu dans l'attribut de la pensée, ou toute autre chose qu'on 17 voudra supposer dans un attribut quelconque de Dieu (car la démonstration est 18 universelle), découle nécessairement de la nature absolue de cet attribut, elle 19 doit être nécessairement infinie. Voilà pour la première partie de la 20 proposition. Je dis maintenant qu'une chose qui suit nécessairement de la nature 21 d'un attribut de Dieu ne peut avoir une durée déterminée. Si vous le niez, 22 supposez dans un attribut de Dieu une chose qui suive nécessairement de la 23 nature de cet attribut, par exemple, dans l'attribut de la pensée, l'idée de 24 Dieu, et supposez tout ensemble que cette idée n'ait pas existé en un certain 25 temps ou doive ne pas exister. La pensée étant donnée comme un attribut de Dieu, 26 elle doit exister éternelle et immuable (par la Propos. 11 et le Coroll. 2 de la 27 propos. 20). En conséquence, par delà les limites de la durée de l'idée de Dieu 28 (car elle n'a pas toujours existé par hypothèse et n'existera pas toujours), la 29 pensée devra exister sans l'idée de Dieu. Or, cela est contre la supposition, 30 puisqu'il a été admis que l'idée de Dieu suivait nécessairement de la nature de 31 la pensée. Donc l'idée de Dieu dans la pensée, et toute autre chose quelconque 32 qui soit nécessairement de la nature absolue d'un attribut de Dieu, ne peut 33 avoir une durée déterminée., et doit, par son rapport à cet attribut, posséder 34 l'éternité. C'est la seconde partie de la démonstration. Notez que notre 35 principe est également vrai de toute chose quelconque qui, dans un attribut de 36 Dieu, suit nécessairement de la nature absolue de Dieu. 37 38