ethica

Spinozas ethics and various translations, edited for easy post processing.
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4p44sc.md (1462B)


 1 La Gaieté, que j'ai dit être bonne, se conçoit plus facilement qu'on ne
 2 l'observe. Car les affections qui nous dominent chaque jour se rapportent la
 3 plupart du temps à quelque partie du Corps qui est affectée plus que les
 4 autres; les affections ont ainsi pour la plupart de l'excès et retiennent l'Âme
 5 de telle sorte dans la considération d'un seul objet qu'elle ne puisse penser à
 6 d'autres. Bien que les hommes soient soumis à plusieurs affections enfin et
 7 qu'on en trouve rarement qui soient dominés par une seule, toujours la même, ils
 8 sont nombreux, ceux à qui une seule et même affection demeure obstinément
 9 attachée. Nous voyons en effet les hommes affectés parfois par un objet de telle
10 sorte qu'en dépit de sa non-présence ils croient l'avoir devant eux, et quand
11 cela arrive à un homme qui n'est pas endormi, nous disons qu'il délire ou est
12 insensé. On ne croit pas moins insensés, parce qu'ils excitent d'ordinaire le
13 rire, ceux qui brûlent d'Amour et nuit et jour ne font que rêver de la femme
14 aimée ou d'une courtisane. L'avare, au contraire, qui ne pense à rien d'autre
15 qu'au gain et à l'argent, l'ambitieux uniquement occupé de gloire, etc., on ne
16 croit pas qu'ils délirent, parce qu'ils sont d'ordinaire un sujet de peine pour
17 autrui et sont tenus pour mériter la Haine. En réalité, cependant, l'Avarice,
18 l'Ambition, la Lubricité sont des espèces de délire, bien qu'on ne les range pas
19 au nombre des maladies.
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