ethica

Spinozas ethics and various translations, edited for easy post processing.
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 1 Dans l'*Appendice* de la Première Partie, j'ai promis d'expliquer ce qu'est la
 2 louange et le blâme, le mérite et le péché, le juste et l'injuste. Sur la
 3 louange et le blâme je me suis expliqué dans le Scolie de la Proposition 29,
 4 partie III; sur les autres points il y aura lieu de dire ici quelque chose.
 5 Mais auparavant il me faut dire quelques mots sur *l'état naturel* et l'*état civil
 6 de l'homme*.
 7 
 8 Chacun existe par le droit suprême de la Nature, et conséquemment chacun fait
 9 par le droit suprême de la Nature ce qui suit de la nécessité de sa propre
10 nature; et ainsi chacun juge par le droit suprême de la Nature quelle chose est
11 bonne, quelle mauvaise, ou avise à son intérêt suivant sa complexion (*Prop. 19
12 et 20*), se venge (*Coroll. 2 de la Prop. 40, p. III*) et s'efforce de conserver ce
13 qu'il aime, de détruire ce qu'il a en haine (*Prop. 28, p. III*). Que si les
14 hommes vivaient sous la conduite de la Raison, chacun posséderait le droit qui
15 lui appartient (*Coroll. 1 de la Prop. 35*), sans aucun dommage pour autrui. Mais
16 comme les hommes sont soumis à des affections (*Coroll. de la Prop. 4*) qui
17 surpassent de beaucoup leur puissance ou l'humaine vertu (*Prop. 6*), ils sont
18 traînés en divers sens (*Prop. 33*) et sont contraires les uns aux autres (*Prop.
19 34*), alors qu'ils ont besoin d'un secours mutuel (*Scolie de la Prop. 35*). Afin
20 donc que les hommes puissent vivre dans la concorde et être en aide les uns aux
21 autres, il est nécessaire qu'ils renoncent à leur droit naturel et s'assurent
22 les uns aux autres qu'ils ne feront rien qui puisse donner lieu à un dommage
23 pour autrui. En quelle condition cela est possible, à savoir que les hommes,
24 nécessairement soumis aux affections (*Coroll. de la Prop. 4*), inconstants et
25 changeants (*Prop. 33*), puissent se donner cette assurance mutuelle et avoir foi
26 les uns dans les autres, cela se voit par la Proposition 7 de cette Partie et la
27 Proposition 39 de la troisième. J'y dis, en effet, que nulle affection ne peut
28 être réduite, sinon par une affection plus forte et contraire à celle qu'on veut
29 réduire, et que chacun s'abstient de porter dommage par la peur d'un dommage
30 plus grand. Par cette loi donc une Société pourra s'établir si elle revendique
31 pour elle-même le droit qu'a chacun de se venger et de juger du bon et du
32 mauvais, et qu'elle ait ainsi le pouvoir de prescrire une règle commune de vie,
33 d'instituer des lois et de les maintenir, non par la Raison qui ne peut réduire
34 les affections (*Scolie de la Prop. 17*), mais par des menaces. Cette Société
35 maintenue par des lois et le pouvoir qu'elle a de se conserver, est appelée
36 *Cité*, et ceux qui sont sous la protection de son droit, *Citoyens*; par où nous
37 connaissons facilement que, dans l'état naturel, il n'y a rien qui soit bon ou
38 mauvais du consentement de tous, puisque chacun, dans cet état naturel, avise
39 seulement à sa propre utilité et, suivant sa complexion, décrète quelle chose
40 est bonne, quelle mauvaise, n'ayant de règle que son intérêt, qu'enfin il n'est
41 tenu par aucune loi d'obéir à personne, sinon à lui-même. Et ainsi dans l'état
42 naturel le péché ne peut se concevoir, mais bien dans l'état civil, quand il a
43 été décrété du consentement de tous quelle chose est bonne et quelle mauvaise,
44 et que chacun est tenu d'obéir à la Cité. Le *péché* n'est donc rien d'autre que
45 la désobéissance, laquelle est, pour cette raison, punie en vertu du seul droit
46 de la Cité, et au contraire l'obéissance est comptée au Citoyen comme *mérite*,
47 parce qu'il est par cela même jugé digne de jouir des avantages de la Cité. De
48 plus, dans l'état naturel, nul n'est, du consentement commun, seigneur d'aucune
49 chose, et il n'y a rien dans la Nature qui puisse être dit la chose de l'un ou
50 de l'autre; mais tout appartient à tous; par suite, dans l'état naturel, on ne
51 peut concevoir de volonté d'attribuer à chacun le sien, d'enlever à quelqu'un ce
52 qui est à lui; c'est-à-dire dans l'état naturel il n'y a rien qui puisse être
53 dit *juste* ou *injuste*; mais bien dans l'état civil, où du consentement commun il
54 est décrété quelle chose est à l'un, quelle à l'autre. Il apparaît par là que le
55 juste et l'injuste, le péché et le mérite sont des notions extrinsèques, non des
56 attributs qui expliquent la nature de l'Âme. Mais assez sur ce point.
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