3ad6e.md (1187B)
1 Cette Définition explique assez clairement l'essence de l'Amour; pour celle des 2 Auteurs qui définissent l'Amour comme la volonté qu'a l'amant de se joindre à la 3 chose aimée, elle n'exprime pas l'essence de l'Amour mais sa propriété, et, 4 n'ayant pas assez bien vu l'essence de l'Amour, ces Auteurs n'ont pu avoir non 5 plus aucun concept clair de sa propriété; ainsi est-il arrivé que leur 6 définition a été jugée extrêmement obscure par tous. Il faut observer, 7 toutefois, qu'en disant que cette propriété consiste dans la volonté qu'a 8 l'amant de se joindre à la chose aimée, je n'entends point par volonté un 9 consentement, ou une délibération, c'est-à-dire un libre décret (nous avons 10 démontré Proposition 48, Partie II, que c'était là une chose fictive), non pas 11 même un Désir de se joindre à la chose aimée quand elle est absente, ou de 12 persévérer dans sa présence quand elle est là; l'amour peut se concevoir en 13 effet sans l'un ou sans l'autre de ces Désirs; mais par volonté j'entends le 14 Contentement qui est dans l'amant à cause de la présence de la chose aimée, 15 contentement par où la Joie de l'amant est fortifiée ou au moins alimentée. 16 17